2017ko martxoak 31, ostirala
Atzo Atzokoa

Autor:  Gorostarzu, Miguel de, (autor)
Titulo:  Basque de nation / M. de Gorostarzu.
Notas: 15 p. ; 25 cm
Ejemp. procedente del fondo Solaun Goñi
Editor: [Bayonne] : Gure Herria, [1925?]
Materia: Nacionalismo--Euskadi--Estudios, ensayos, conferencias, etc.
CDU: 323.17(465.1+466+447.9)(04)
 

Localizacion              Sign.Topografica              Estado
FONDO DE RESERVA         C-327 F-41                NO PRESTABLE

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EDITION
GURE HERRIA

M. DE GOROSTARZU

Basque de Nation

IMP. DU “COURRIER”, BAYONNE

 

“BASQUE DE NATION”

Il y a une vingtaine d’années, Maître Coyola, notaire à Saint-Vincent-de-Tyrosse, avait eu l’amabilité de nous permettre de consulter quelques-unes des anciennes minutes de son étude antérieures à la Révolution. Très heureux de l’aubaine, nous avons pu y glaner de précieux renseignements. Au cours de nos investigations, nous trouvâmes ainsi un acte du 10 janvier 1764, concernant le père de notre trisaîeul paternel et relatif à un achat de bois fait par lui dans la région de St-Vincent, Marie-abbé d’Espelette, notre ancêtre –et ses descendants, fixés depuis dans les Landes, ont continué dans la même voie- avait entrepris des explotations forestières dans cette contrée. Or il nous sembla curieux de noter que l’acte précité le qualifiait “Basque de nation, natif et habitant de la paroisse d’Espelette en Labourd.” Dans un second acte du 1er Septembre 1772, son fils –notre trisaîeul- négociait à Seignosse une affaire semblable avec un certain Domingo de Halty, qualifié, lui aussi, par le notaire rédacteur “Basque de nation, natif d’Espelette, habitant de la parroisse de Saubion.” Un autre document, du 14 octobre 1777, nous énumérait les conditions auxquelles Bernard Daguerre, également qualifié “Basque de nation”, prenait à ferme “la tuilerie, bâtiments appartenances et dépendances applée la tuilerie de Saubion, scise en la dite parroisse de Saubion, appartenant à Messire Joseph-Augustin Dupé, Ecuyer, Seigneur de Lagraullet et Guiche et autres lieux, antien commandant et major des troupes gramontoises, hânt de ladite parroisse de Saubion....” Enfin, un acte du 23 mai 1791 mentionnait que le sieur Poustey, “thuillier, Basque de nation “, exploitait une tuilerie sise à Saint-Vincent-de-Tyrosse sur les terres de la métairie du Boscq.

On peut supposer –nous n’avons pas continué nos recherches sur ce point- que, dans les régione immédiatement voisines du Maremne –Sain-Vincent-de-Tyrosse appartenait à la vicomté de ce nom qui comprenait neuf communes –les hommes de loi de l’Ancien Régime avaient également adopté cette qualification “Basque de nation.” Il distinguaient ainsi des autres sujets du Roi les habitants du Labourd, de la Basse-Navarre et de la Soule. Ils leur reconnaissaient, en quelque sorte, une “nationalité” différente. Et, très logiquement, ils employaient pour les désigner la formule en usage à cette époque pour qualifier dans un acte les ressortissants d’un Etat étranger. Ne disait-on pas alors, en effet : “Anglois de nation”, “Espagnol de nation”, “Portugais de nation” “Suédois de nation”, etc ?

Au reste, les Basques eux-mêmes tenaient essentiellement à ne pasa être confondus avec les autres populations du royaume. Le titre seul du cahier rédigé en 1789, à Ustaritz, par l’Assemblée du Tiers-Etat le démontre. Il n’es pas lilbellé “Cahier des doléances du Tiers-Etat du Labourd”, comme il eût été normal dans une autre province de France. Il porte, au contraire, en guise de suscription : “Cahier des voeux et des instructions des Basques-François du Labourd pour leurs députés aux Etats-Généraux de la nation.” N’est-ell pas éloquente cette expression “Basques-François du Labourd”? Elle constitue une affirmation nette du groupe ethnique de la Race. Elle semble impliquer l’existence d’une double nationalité. Disons mieux : elle l’admet. Elle éclipse la notion du territoire, en ce sens qu’il ne s’agit pas du cahier des habitants d’une province déterminée, mais bien des voeux d’un peuple, du peuple basque-français.

Et cette affirmation, nous la retrouvons dans toute la teneur de ce document, mais vague, imprécise, formulée instinctivement pour ainsi dire. On y devine que l’idée de cette nationalité est encore à l’état embryonnaire. C’est un sentiment confus, intraduisible. Il ne fait que poindre dans l’esprit des Eskualdunak, pourtant si fiers de leur origine, si amoureux de leur indépendance. A la vérité, un paragraphe du cahier le laisse apparaître moins flou : “...les Basque du Tiers-Etat”, dit l’article XVIII, “demanderaient que... on leur donnât pour Subdélégué (1) un Basque, qui résidât dans le Labourd, qui entendit leur langue et qui pût avoir pour leurs intérêts communs ce zelle (2) d’affection que n’affaiblissent point des intérêts personnels opposés.” En d’autres termes, les Basque ne voulaient pas être administrés para un étranger.

Les Eskualdunak montraient ainsi qu’ils avaient conscience d’être, dans le royaume, une collectivité ayant des caractéristiques particulières. Ils n’excipent pas formellement de leur nationalté ; cette idée n’est pas mûre, pas plus chez eux que chez les autres peuples. Et leur manière de voir à cet egard est presque résumée, condensée dans un mémoire que nous avons copié aux Archives Nationales (3) ; il date de 1782 et fut rédigé par M. de Haramboure, Syndic Général des Etats du Labourd, lors du projet formé par l’Intendant de réunir le bailliage d’Ustaritz au Sénéchal de Bayonne, afin de diminuer le nombre des degrés de juridiction. Dans ce document intitulé “Sommaire des moyens d’une opposition provisire au projet de réunion du Bailliage d’Ustaritz au Sénéchal de Bayonne”, nous lisons, en effet : “...Le pays de Labourt forme une espèce de petite Province particuliaire (4), sur les confins de la Biscaye espagnole, izolée et entierement séparée de toutes les autres parties du royaume par une constitution eta par un idiome particulier (5). Dans toute l’enceinte du Pay de Labourt on parle Basque et l’homme du peuple dans leLabourt n’a et ne peut avoir aucune communication avec l’homme du Peuple des parroisses limittrophes de l’intérieur du royaume : ils ne peuvent se parler, parce qu’ils ne peuvent s’entendre ; arrivé à Bayonne qui est situé à l’une des extrêmités du païs, le Basque qui ny a pas une habitude d’affaires qui ly aye conduit dès son enfance, y est ausi étranger qu s’il étoit transplanté dans les désert d’unnouveau monde, il n’y connait rien de ce qu’il y voit, n’entend rien de ce qui se dit autour de lui...”. Nous voyons donc, á la fin du XVIIIe siècle, les chefs du peuple basque mettre en relief sa personnalité. Dans leur esprit naissaient lentement les premierts symptômes, si l’on peut s’exprimer ainsi, de l’idée que la Révolution française allait semer parmi les autres races du monde, idée qui devait engendrer de terribles guerres et modifier les bases de la diplomatie : l’idée de “NATION”.

Ce n’était donc pas sans raison que, sous l’Ancien Régime, les notaires de la Gascogne occidentale qualifiaient de “Basques de nation” leurs voisins du sud. Ils constataient ainsi un état de choses. Au reste, en employant cette expression, ils ne commettaient pas une erreur : il y a bien, en effet, une nation basque ! Et nous entendons l’objection immédiate : “Vraiment? Où donc avez-vous lu que, dans le passé, cette nation basque ait jamais revendiqué son droit à l’indépendance, qu’il y ait jamais eu un Etat basque englobant tous les Eskualdunak – ceux de France et d’Espagne- sous des lois communes ?”

Tout d’abord, ne cherchons pas une réponse dans l’Histoire. Elle nous fournirait pourtant de sérieux arguments. Entre autres choses, elle nous enseigne qu’à diverses époques, l’ancien royaume de Navarre comprenait la Haute et la Basse Navarre, l’Alava, le Guipuzcoa, c’est-à-dire la majeure partie de l’Eskual-Herria. Nous y verrions aussi le roi de Navarre, Garcia V –dit El Temblador, parce qu’il faisait trembler ses ennemis et ne recula jamais- remporter, après son accession au trône survenue en 994, la sanglante bataille de Caltañazor sur les innombrables Maures d’Almazor de Cordoue : et –détail pittoresque- dans cette mêlée, à côté de l’étendard de Navarre flottait celui des trois autres provinces basques d’Espagne, lequel portait (6) trois mains sanglantes avec la légende “Irrurakbat” !

Mais laissons là l’Histoire. Pour répondre à l’objection précitée, ne nous réfugions pas dans le passé. Il vaut mieux nous attacher au présent et résoudre le problème en invoquant quelques principes bien connus de droit international public. Ne sommes-nous pas obligés, en effet, de rappeler la distinction qui s’impose entre l’”Etat” et la “Nation ?”

Le premier –suivant une définition généralement adoptée- est un ensemble de familles obéissant à une autorité commune, établies sur un territoire déterminé, tendant à se faire respecter dnas son indépendence et à la conservation de ses membres. En d’autres termes, l’Etat doit, pour exister, posséder certains caractères essentiels : une autorité commune, c’est-à-dire un gouvernement sérieusement établi –la personnalité, qui le constitue une entité juridique susceptible d’invoquer des droits et d’être soumis à des obligations –la souveraineté interne, qui lui permet de régler par des lois son gouvernement, son organisation, les rapports entre sesressortissants –la souveraineté externe, par laquelle il s’affirme comme personne morale indépendante des autres Etats.

On chercherait en vain sur la carte politique actuelle un Etat basque répondant aux conditions posées par le droit international public. Mais ce fait ne constitue pas un obstacle à l’existence de la nation basque.

Qu’est-ce donc, en effet, qu’une nation ? Le regretté professeur Despagnet en donnait la définition suivante (7) : “un ensemble de populations unies entr’elles par les liens étroits venant surtout de la communauté de race, de moeurs, de traditions, de religion, de langue, un degré semblable de civilisation, animées de la sorte d’aspirations semblables et ayant la conscience de leur nationalité commune ce qui les pousse à se grouper pour se constituer en collectivités politiques, en Etats homogènes (8) “. M. Despagnet soulignait avec raison que le criterium de la nation demeure fort complexe et ne peut se ramener à un seul de ces éléments communs : il est –(ce criterium)- la résultante de l’ensemble des éléments communs que nous venons d’énumérer, “résultante”, ajoutait M. Despagnet, “qui s’accuse surtout par une tendance au rapprochement entre les populations séparées par l’organisation politique des Etats, et qui a pour origine leur conscience, chez ces peuples, de leur nationalité commune.“

Relisez attentivement, lecteurs de “Gure Herria”, cette définition de la nation ; puis considérez le peuple basque qui vit sur le territoire des sept provinces partagées entre la France et l’Espagne ; voyez ses moeurs, ses traditions, ses coutumes ; regardez-le pratiquer sa religion ; écoutez-le parler sa langue mystérieuse ; notez sa fierté, son esprit d’indépendance ; observez la conscience que les habitants de chacune des ces provinces ont de leur commune origine, de leur race, et vous ne pourrez contester que vous êtes là en présence d’une nation: la nation basque.

Ces remarques nous prouvent, une fois encore, que les notaires gascons se conformaient à la logique des choses en employant cette curieuse qualification “Basque de nation”. Mais, à partir de 1791, no ne la rencontre plus dans leurs grimoires ; il l’ont bannie. Et le motif de cet ostracisme saute aux yeux. Un fait nouveau et considérable vient de se produire : la Révolution, en apportant aux Français LA LIBERTE, a commencé par supprimer aux Eskualdunak “leurs libertes”. Les gratifiant d’un mythe, elle les dépouille, en échange, de leurs séculaires franchises, de réalités tangibles. Le Bilçar est aboli par le Gouvernement de Paris et Ustaritz ne verra plus les Etats du Labourd tenir leurs assises sous les chênes de Capito-harri.

Dans le cataclysme de 1789, les Basques de France ont donc perdu leur personnalité officielle. Plus tard, l’administration de Napoléon Ier, niveleuse centralisatrice, autoritaire, dont le réseau aux mailles de fer enserra le territoire français, ne leur a laissé aucun vestige de leur anatomie, de leur antique “constitution”, selon la jolie et forte expression de M. de Haramboure.

Mais il est resté l’âme basque, l’esprit basque, le sentiment confus d’être un peuple distinct. Et cette observation nous rappelle un souvenir du séminaire de Larressore –Mon Dieu! que cela est déjà loin et que le temps passe vite!- A la rentrée des classes, les anciens y faisaient la chasse aux “nouveaux”, histoire de les connaître, de les inventorier et, surtout, de les ahurir. On leur posait la question sacramentelle : “Es-tu français ou espagnol ?” Invariablement les “nouveaux”, quand ils étaient du Labourd, de la Basse-Navarre ou de la Soule, répondaient avec une fierté grave : “Basque... je suis!” C’était le cri du coeur ! Il était jeté avec une touchante et naîve simplicité, par ces jeunes garçons qui étaient là, dépaysés, encore émus d’avoir quitté leur famille, engoncés dans la blouse noire aux plis rêches, que leur mère avait tristement cousue durant les veillées, en pensant à ce départ pour le collège, à cet envol de l’oiseau hors du nid, prélude des grandes et définitives séparations de l’existence.

La caractéristique réponse des jeunes Larressoriens nous était venue à l’esprit lorsque nous trancrivions sur nos cahiers les notes prises dans les minutes communiquées par Maître Coyola, notaire à Saint-Vincent-de-Tyrosse. Et deux ans plus tarde, nous y pensâmes encore, quand, un soir d’hiver, tomba sous nos yeux le numéro du 15 décembre 1907 de la “Revue” (ancienne Revue des Revues) ; il contenait un article de M. Angel Marvaud, spécialiste des questions ibériques, sur le... “Nationalisme basque.”

Ce fut pour nous –et on nous permettra de l’avouer très humblement- une révélation : il existait donc un parti nationaliste basque en Espagne!!

Après avoir nommé son fondateur, l’illustre biscayen Sabino de Arana-Goiri, l’apôtre, hélas! mort trop jeune, qui donna pour devise à ce grand mouvement “Jaun-Goikua eta Lagi Zarra” (9), M. Angel Marvaud esquissait une vue d’ensemble de cet étrange réveil d’une nation. Evoquant l’Histoire, il rappelait qu, si le Guipuzcoa, l’Alava, la Biscaye, la Haute-Navarre, avaient successivement reconnu pour roi ou señor le roi de Castille, cette reconnaissance avait eu lieu librement. Et ces petits Etats ne l’avaient pas admise sans réserves ni précautions : chaque souverain, à son accession au trône, devait se rendre à Guernika et y jurer sur l’Evangile de respecter les lois basques (10). A cette condition, le Eskualdunak s’engageaient à lui payer un tribut annuel déterminé, à lui prêter aide et obéissance en cas de guerre, à lui fournir le gîte et le vivre sur leur territoire. Et, si le roi de Castille n’était point fidèle à son serment, chaque Etat baque conservait le droit de le destituer. Philippe III et Philippe IV d’Espagne essayèrent de se soustraire à ces obligations, mais ils échouèrent devant la révolte armée des populations. Philippe V réussit à établir des douanes en Biscaye, où jusqu’alors, la liberté commerciale avait été asolue. Ferdinand VI et Charles III continuèrent à accentuer l’emprise de la monarchie espagnole. Enfin, l’écrasement des troupes carlistes acheva de ruiner les vestiges de l’indépendance basque. Perdant leurs assemblées législatives, les Eskualdunak de la péninsule finirent par être astreints au service militaire.

C’est alors qu’est vraiment né en Espagne le nationalisme basque. Engendré par l’échec du carlisme, il procède, au fond, des mêmes causes qui ont suscité, au XIXe siècle, le “risorgimento” de diverses nations européennes. Est-il besoin de rappeler, en efet,les prodromes de la création de la Belgique, de la formation de l’Empire allemand et du royaume d’Italie, de l’avènement des royaumes de Serbie, de Grèce, de Roumanie, de Bulgarie, etc? L’idée de nation, chez les ressortissants de ces Etats, a pris corps à cette époque, et l’on sait de quelle manière, à la faveur de luttes sanglantes, elle amena des “unifications” et des proclamations d’indépendance. Nous voyons encore, d’ailleurs, les mêmes phénomènes se produire sur les confins de la Russie occidentale, à l’est de la Turquie, en Syrie, en Arabie, en Turkestan, en Egypte, en Tunisie, etc.

Et nous sentos venir l’objection : “Vous avez dit plus haut que la conscience d’une nationalité commune poussait les populations à se grouper en collectivités politiques, en Etats homogènes! Vous avez passé en revue les effets en Europe de ces mouvements nationalstes! Vous avez déclaré que l’effervescence nationaliste basque procède des mêmes causes!... Masi, est-ce que, par hasard, en montrant aux Basques qu’ils constituent une nation, vous auriez la secrète intention de leur inculquer des idées séparatistes???”

Non! rien n’est moins dans notre esprit et l’on ne nous fera pas l’injure de croire que nous pourrions nous arrêter à cette pensée. Du reste, quelle chance aurait-elle d’être prise en considération?? Les Eskualdunak du Labourd, de la Basse-Navarre et de la Soule, sont depuis trop longtemps liés aux destinées de la France, ils ont assez souvent versé leur sang pour elle, leur loyalisme est trop ardent, trop profond, trop raisonné, pour qu’ils aient jamais, dans un moment d’ingratitude et de folie, l’idée de revendiquer leur séparation d’avec le grand Etat qui les englobe dans ses frontières. Au-delà des monts, les nationalistes basques d’Espagne ont asurêment des vues tout autres à l’égard du gouvernement qui les régit ; en France, il n’en saurait être ainsi, du moins en l’état actuel des choses, et sau l’hypothèse d’effroyables cataclysmes politiques que l’imagination se refuse à concevoir.

C’était bien l’avis, d’ailleurs, d’un éminent religieux, issu d’une vieille famille euskarienne, qui, en 1919, à Bilbao, daigna nous accorder un entretien. Au cours d’une longue promenade sur une colline d’où l’on apercevait la vieille cité nationaliste, les méandres du Nervion et ces montagnes à la terre rouge dont l’industrie des hommes extrait tant de richesses, le Père X... eut l’amabilité de nous exposer la situation et les espoirs des nationalistes basques. Il le fit avec cette foi ardente qu’inspirent une grande cause et l’amour de la Race. Tout en apprenant, étonné, l’existence du drapeau basque –emblème séditieux- nous écoutions avec enthousiasme l’histoire de ce réveil du plus ancien peuple du monde. Cette conversation ne manquait pas d’actualité, car un événement sensationnel s’était produit la veille : la Biscaye venait d’élire trois sénateurs nationalistes!! Une certaine agitation régnait encore, et lorsque, à la nuit tombante, nous rentrâmes en ville, la police espagnole perquisitionnait au siège de la “Juventud vasca.”

Malgré ce triomphe électoral, le Père X... envisageait l’avenir avec le plus de réalisme : il sentait, comme nous, qu’un Etat basque resterait une chimère et qu’en tout cas, pareille utopie ne saurait germer dans l’esprit des Eskualdunak de France.

 

Aussi, ne partageons-nous pas la vague inquiétude que semblait manifester M. Angel Marvaud, en terminant son article par cette phrase : “Tout ceci ne suffit-il pas à montrer que ce mouvement, qui heurte nos portes –je dirai même qui a gagné une partie de notre territoire- mérite autre chose qu’un simple intérêt passager de curiosité?”

Depuis 1907 –date de cet article- on n’a pas observé que ces craintes fussent justifiées : aucune allusion, même voilée, à un séparatisme éventuel n’a été formulée dans le Labourd, la Basse-Navarre, la Soule.

Et, d’autre part, il ne semble pas que l’Etat français ait à se formaliser de l’éclosion du nationalisme basque dans ces trois provinces, car “nationalisme” ne signifie pas toujours et inéluctablement “séparatisme” : loin de là!! D’ailleurs, en présence du puissant mouvement régionaliste qui grandit en France et fait souhaiter une intelligente décentralisation, le Gouvernement de Paris ne saurait considérer avec hostilité ou méfiance une résurrection de l’esprit national basque dans les arrondissements de Bayonne et de Mauléon.

Quant aux Eskualdunak de France, ils n’ont déjà que trop tardé à participer au “risorgimento” de leur nation. Fiers du mystère de leur origine, ils ont continué à vivre indifférents et superbes, tandis que les savants et les touristes les examinaient, les étudiaient comme des bêtes curieuses ou des représentants d’une espèce disparue.

Il y a quelques années, le “Centro Vasco” de Bilbao offrit au Labourd un petit chêne produit par un gland de l’arbre célèbre de Guernika ; il fut planté à Ustaritz, l’ancien siège du Bilçar. Hasparren et, croyons-nous, Mauléon ont été le théâtre de semblables cérémonies. Un autre rejeton de l’arbre national a également pris racine (11) dans les parterres du nouveau Grand Séminaire de Bayonne. On doit se féliciter des pareilles initiatives, aujourd’hui où les étrangers envahissent la côte basque, accaparant les terres, lotissant les propriétés, couvrant le sol de guinguettes et de villas dont le style euskarien est des plus fantaisistes, transformant cette région en un vaste “Maketalandi”  comme diraient les Bizkaîtarrak. Un peut partout, le long de la mer, s’ouvrent des hôtels basques, des thés baques, des restaurants basques, des bars basques, voire des dancings basques, qui, en grand nombre, n’ont de basque que le nom et dont souvent les tenanciers viennent des contrées les plus éloignées. Des magasins vendent des curiosités basques qui ne l’ont jamais été et que l’on fabrique dans le nord ou le centre de la France, des meubles basques qui sortent d’ateliers de la Gironde ou du Faubourg Saint-Antoine. Il n’y aura bientôt pus de place pour les Eskualdunak authentiques, submergés par cet afflux de métèques qui ont la prétention de régenter le pays. Etranges immigrés, en vérité! Un béret sur la tête et un makhila à la main, ils jouent au “Baque”, tandis que de jeunes septentrionales aux cheveux coupés (12), la figure, la gorge et les bras noircis par les soleil des plages, se trémoussent en essayant de danser le fandango, à leur gré moins attrayant que le tango.

Cette invasion constitue un danger pour les Basques de France. Elle risque, en effet, d’émousser leur caractère, d’amoindrir leur traditionalisme, de leur faire abandoner leur vie patriarcale, leur religion, leurs coutumes, leur langue, de changer leurs moeurs, de les dépouiller de leur personnalité. En un mot, elle peut lentement les “dénationaliser”.

Que faire? Demeurer immobiles et résignés comme les derniers Peaux-Rouges dans leurs Territoires Réservés? Allons donc! Le devoir des Baques est de se maintenir et de lutter contre l’influence étrangère.

De quelle manière?

Assurément, il ne s’agit pas de prôner une aveugle xénophobie : gardons-nous d’une pareille sottise. Accueillons ces foules élégantes que la mode et les agences aiguilllent vers notre magnifique pays ; elles y apportent de l’argent et, par suite, le bien-être. C’est là une source de richesses pour l’Eskual-Herria, dont le sol est pauvre. Exploitons-la et ne la dédaignons pas, mais que les Eskualdunak sachent rester maîtres chez eux, sur la vieille terre de leurs ancêtres! L’arène s’ouvre toute grande, aujourd’hui devant le nationalisme baque. A lui la haute mission de tenir ferme le drapeau de la nation, d’en galvaniser l’âme, d’en sauver la langue, les coutumes, les traditions!! A lui la charge d’infuser une vitalité nouvelle au peuple qui, depuis des siècles, cramponné aux Pyrénées,a vu déferler, sans se laisser anénatir,les plus formidables invasions de l’histoire! Et, à ce point de vue, l’attitude de nos frères d’Espagne est susceptible de nous fournir de précieuses directives, qui, adaptées, orientées, au besoin modifiées suivant l’état d’esprit des Basques de France, l’ambiance dans laquelle ils vivent, les réalités qui les dominent, doivent conduire aux plus magnifiques résultats.

Si l’on examine, en effet, le projet de manifeste et d’organisation du parti nationaliste basque pulbié à Bilbao en 1906, on y remarque que le programme des adhérents pouvait se condenser en quatre points :

1º) suivre les enseignements de la vraie religion chrétienne, telle que l’ont pratiquée les ancêtres ;

2º) remettre en honneur les coutumes et les usages tombés en désuétude, respecter ceux qui subsistent et combattre ceux d’origine exotique, si propres à déformer le caractère de la nation.

3º) se proposer de ressusciter les institutions juridiques, économiques et autres en vigueur autrefois, parce qu’elles étaient l’expression de la mentalité basque ;

4º) développer les lettres et les arts basques, car ils constituent une manifestation de la nationalité basque ; répandre la langue basque, afin qu’ell soit seule parlée en Eskual-herria.

Quel beau programme! N’est-il pas d’actualité?? Oui, sans aucun doute! Les Basques de France ne manqueront pas –ils l’ont déjà fait- d’y choisir d’utiles inspirations. Et voilà pourquoi nous estimons que le nationalisme –ou, plus exactement, une sorte de régionalisme de grande envergure, audacieux, rigoureusement exempt de toute tendance separatiste- peut et doit entrer en scène dans les trois provinces de France.

Au reste, une initiative hardie et géniale a été prise. L’éminent Evêque qui gouverne à Bayonne, a distingué la mesure urgente qu’il convenait d’ordonner. La famesue lettre par laquelle Sa Grandeur prescrivit d’enseigner dans les écoles, séminaires et collèges du Labourd, de la Basse-Navarre et de la Soule, la langue, l’histoire et la littérature basques, a eu un gran retentissement. La nation euskarienne a frémi de joie et d’orgeil en entendant cette auguste parole lui rappeler qu’elle ne devait pas se laisser mourir. Elle devra une éternelle reconnaissance à l’énergique prélat qui, la secouant de sa torpeur, lui a montré le chemin et rendu espoir en ses destinées.

L’élite intellectuelle a compris l’importance de ce geste et l’Université de France n’a pas voulu rester en dehors d’une pareille oeuvre de rénovation, car elle a institué un cours de langue basque au Lycée de Bayonne.

Pour un autre motif encore, Mgr Gieure a droit à la gratitude du peuple qui chante avec émotion le “Gernikako Arbola”. Dans un article antérieur, nous disons que le Petit Séminaire de Larressore –actuellement confisqué et transformé en sanatorium par le Gouvernement de la République- avait été la citadelle des Baques de France, puisqu elà s’étaient formés de nombreuses générations du clergé, l’élément conservateur par excellence du particularisme, du nationalisme baque. Voici que, dans la capitale du Labourd, à Ustaritz et près du bois de Capito-harri, siège de l’antique Bilçar, des murs sortent de terre : Mgr. de Bayonne fait construire sur la colline un autre petit séminaire, la nouvelle citadelle de l’esprit basque en France. Les futurs prêtres et les jeunes gens des classes dirigeantes du diocèse iront puiser dans ce beau collège l’amour des traditions et de l’Eskual-herria. Aussi est-ce un devoir sacré pour les patriotes eskualdunak de France et d’Espagne, de contribuer à cette oeuvre à la fois religieuse et nationale. Le peuple quie, tout entier, prodigua son sang et son or pour le triomphe de Don Carlos, ne ménagera pas se subsides à Monseigneur de Bayonne.

 

MIGUEL DE GOROSTARZU.

(1) Le subdélégué de l’intendant de la province.
(2) Sic.
(3) Carton H. 1172.
(4) Nous respectons l’orthographe du texte.
(5) Nous mettons en “italique” ces quelques mots.
(6) Voyez Bascle de Lagrèze, “La Navarre française”. Paris, 1881. Tome I, page.
113. – Nous respectons l’orthographe de la légende telle que la cite M. de Lagrèze.
(7) Despagnet. Droit international public. 1905. Pages 119 et suivantes.
(8) Nous mettons en “italique” certains passages de ce texte.
(9) “Jaun-Goikuka eta Lagi-Zarra” signifie en dialecte biscayen “Dieu et ancciene loi”.
(10) Les fueros étaient bien des lois basques et non de privilèges octroyés par la Couronne de Castille. Nous empruntons ces détails à l’article de M. Marvaud.
(11) N’oubliant pas la Gascogne, Mgr. de Bayonne lui a donné un voisin produit par un gland du chêne de Saint-Vincent-de-Paul.
(12) Ces cheveux courts rappellent évidemment fort peu l’ancienne coiffure des jeunes filles basquaises que M. H. Gavel nous décrivait dans l’intéressant article publié par le numéro de février 1925 de Gure Herria. Nous connaissons une vue de Bilbao (de van Bruyn, 1675, croyons-nous), au premier plan de laquelle figurent divers personnages : deux jeunes filles, la tête rasée et ornée de longues mèches partant des tempes, servent à ilustrer la légende exposant les caractéristiques de leur costume.


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